Logo BOE Bibliothèque ouverte d'égyptologie ISSN 3129-6424 EN


2026·

4. Sydney H. Aufrère, Le prisme typhonien : faune, flore, minéraux et passions nuisibles d’après Plutarque (Isis et Osiris, 50), 49 p.

Résumé Cette étude démontre que dans la pensée sacerdotale égyptienne considérée sous le prisme étique par Plutarque, le dieu Typhon-Seth fusionne en un continuum absolu le désordre de la nature et la déchéance morale. Le philosophe synthétise cette vision en la déployant en trois volets qui lient les animaux venimeux, dangereux ou stupides, les végétaux toxiques et les passions humaines néfastes (vices), tous définis comme des objets d’emprise directe du dieu. Du point de vue émique des théologiens, cette pensée postule qu’un crime moral ou une déviance sexuelle relèvent d’une perturbation d’essence cosmique de même ordre. La fureur, la cruauté ou la stérilité (qui justifie l’interdiction des eunuques à l’Abaton de Philae) découleraient de la même force brute séthienne qui dessèche les sycomores sacrés, tarit les sources, libère le venin des serpents, fait surgir le sel de la mer ou le salpêtre de la terre, se traduit par la médiocrité des qualités des simples. L’étude, en déconstruisant de façon sur-étique le regard étique de Plutarque, restitue un système interconnecté où les vices de l’homme et les désordres causés par des hôtes de l’environnement sont les manifestations indissociables d’une seule et même essence chaotique. Toutefois, l’analyse de Plutarque témoigne d’un réductionnisme étique qui, loin de traduire la richesse théologique du dieu Seth, finit par fossiliser une sur-systématisation d’époque romaine employée à des fins politiques et morales, laquelle permet de déshumaniser Cléopâtre en l’associant à de déplaisants monstres du Nil.